Dialogue entendu dans le Bocal lundi vers 9h :
Koala : Hey viens voir il neige !
Poulpe, à qui on ne la fait pas : Tu te fous de moi ?!
Koala imperturbable : Ben viens voir !
Intrigué mais néanmoins méfiant, le poulpe s’arrache au doux sommeil pour aller voir ça, tout en se rappelant qu’elle a raconté au Koala un poisson d’avril des années passées, le père du Poulpe est du genre moqueur, il lui avait fait le coup une fois, elle avait gobé le poisson jusqu’au trognon et avait couru jusqu’à la fenêtre pour découvrir que ce n’était qu’une blague. C’est donc d’un pas lent, mesuré, genre « je me lève mais c’est pas pour aller voir la neige, c’est juste que maintenant que je suis réveillée, autant aller prendre un petit dej ». C’était pas une blague, l’herbe, les voitures et les toits des voisins étaient recouverts de 5cm de neige scintillante et toute propre. La première neige de l’année. En avril. De quoi devenir chèvre. Bon, c’est bien joli tout ça, mais à midi tout avait fondu, j’ai même pas eu le temps d’aller acheter une luge à Décath’, pas fait une seule photo non plus. Mais je ne pourrai plus dire que je n’ai pas vu de neige cette année. C’est pas comme certains, comme ma frangine pour ne pas la nommer, qui n’ont pas vu la moindre miette de flocon et qui n’en verront plus vu que là c’est le printemps, serait temps que la Nature s’en souvienne, histoire qu’on sache comment s’habiller un peu.
A part ça, je peux enfin attacher mes cheveux, enfin la majeure partie, surtout l’arrière quoi, avec une pince. Devant c’est encore trop court, donc ça continue à boucler allègrement de partout, on dirait que j’ai un caniche mort sur la tête. Pour fêter ça, j’ai fait usage de fards et d’artifices, bref je me suis un peu maquillée, fond de teint pour cacher les rougeurs et les cernes, mascara et crayon noir, chemise classique, je me regarde dans la glace, j’ai failli hurler d’horreur. On aurait dit une adulte, une vraie, une qui sait où elle va, le genre qu’on appelle « Madame », le genre crédible… Pas le genre incapable de faire cuire des légumes à la vapeur sans laisser cramer la casserole. Ah ben si, c’est compatible, la preuve, ce soir j’ai fait cuire des poireaux pour faire mes fameuses quiches à 175 calories la quiche, je vais faire un tour du coté du Koala, lequel me télécharge gentiment quelques daubes musicales (catégorie techno, dance et électro) histoire d’agrémenter mes séances de vélo, on tombe sur des perles, on regarde les clips, et d’un coup, une odeur arrive jusqu’à nous. Merde, les poireaux ! Coloc était bien passé par la cuisine, avait bien senti « une odeur bizarre », mais n’avait pas fait le rapprochement avec la casserole posée sur une des plaques. Le pire c’est que j’ai beau mettre deux litres de flotte, je laisse toujours cuire jusqu’à complète évaporation, je suis incapable de me souvenir de ça, alors que je ne fais jamais rien bruler d’autre. Ni au four, ni à la poele, ni dans une casserole, c’est juste mon bidule à vapeur qui trinque systématiquement, allez savoir pourquoi. Je me demande combien de chocs comme ça il lui faut pour se désintégrer. Le Koala envisage de m’offrir un minuteur en forme de pomme, de vache, de grenouille, de poussin, n’importe quoi qui sonne assez fort en fait. On a aéré un bon moment, ça sent toujours, demain je passe la matinée les vitres ouvertes.
Niveau régime rien de neuf, je fais quelques bons repas avec le Koala, que je compense toujours dans la journée par un repas léger, ce qui fait que je ne grossis pas, je stagne un peu à -2,2kg, j’espère que c’est juste un pallier, faut intensifier le sport. Ça fait deux ou trois séances que je me ménage un peu, toujours le dos en vrac, c’est assez pénible. En fait ça fait peut-être un mois que je me réveille avec la douleur, ça commence à devenir chiant. Mais c’est pas comme si ça faisait 4 ans que je vis avec, de façon plus ou moins continue. L’avantage de la douleur continue, c’est qu’à force, on l’oublie, comme un acouphène. Le problème du sport c’est que ça risque réveiller la bête au moindre mouvement de travers. Le sport, finalement c’est pas si dur si on oublie le dos. C’est vrai, j’suis toujours pas fan de la chose, c’est pas encore un plaisir, enfin si, en un sens, ça fait du bien quand on arrête, mais c’est pas ce que les accros au sport veulent dire en parlant du plaisir du sport. Oui je suis contente de moi quand je fais ma séance, fière de la victoire sur ce corps pitoyable sur lequel je n’ai jamais eu aucun contrôle. Là je lui fais comprendre qui est le maitre, je le maltraite pour son bien. Si ça se trouve, la douleur, c’est sa dernière résistance, c’est tout ce qu’il a trouvé pour que je lui foute la paix, c’est dans la tête. Et la douleur ça purifie. Ou alors ça vous laisse coincée comme une conne, au choix, c’est pour ça que je fais pas ça juste avant d’aller bosser, je me laisse une marge pour me remettre un peu.
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